jeudi 28 janvier 2016

Chocolat


Etonnant projet que celui de Chocolat : une histoire très peu connue, un milieu peu représenté - le cirque - au cinéma, et un réalisateur inattendu, Roschdy Zem, pour un film de cette envergure.
Chocolat, c'est l'histoire de Rafael Padilla dit Chocolat, le premier artiste noir de la scène française, et de son ascension fulgurante grâce à son duo avec le clown Footit. Comme beaucoup, je ne connaissais absolument pas cette histoire, ce qui a alimenté ma curiosité sur ce film.

Bien que des problèmes de rythme freinent un peu mon enthousiasme, Chocolat possède de grandes qualités visuelles ainsi qu'un incroyable duo d'acteurs. Explications ci-dessous.


Footit est un clown en perte de vitesse dont les numéros n'intéressent plus les cirques. Lorsqu'il découvre Chocolat, il perçoit son talent et y voit une opportunité de former un duo inédit. En 10-15 minutes, Chocolat installe son décor et son sujet. Le chapiteau, les artistes et les numéros farfelus s'enchaînent à une vitesse folle pour nous plonger immédiatement au sein du récit. De même, la rencontre entre Footit et Chocolat intervient très rapidement tout comme leurs premiers succès pour se focaliser par la suite sur l'évolution de leur relation. Et c'est là que Chocolat se montre intéressant. En racontant l'histoire oubliée de ce premier artiste noir de cirque, le film aurait pu développer un récit banal en ne montrant que sa fulgurante ascension. En réalité, le film dépeint un personnage très nuancé. On sent que Chocolat est profondément touché par le racisme mais l'on remarque surtout à quel point sa rapide célébrité et son goût pour les jeux d'argent affectent sa relation avec Footit.

Chocolat ne cherche pas à faire de son personnage un héros. Il est difficile de s'identifier à lui et c'est paradoxalement une des réussites du film. On peut à la fois avoir de l'empathie pour Chocolat lorsqu'il est victime d'actes de violence raciste et à la fois rejeter son comportement lorsqu'il s'obstine à jouer/perdre son argent. En ce sens, le récit du film est assez déstabilisant et vous surprendra jusqu'à la fin.


Concernant la mise en scène, qu'il s'agisse de la reconstitution historique ou des couleurs utilisées, Chocolat est un véritable festin visuel. Le soin apporté aux décors et aux costumes démontre une ambition visuelle que l'on voit peu dans le cinéma français. Cette ambition se retrouve aussi dans le duo inattendu entre Omar Sy, toujours en pleine ascension, et James Thierrée, inconnu du grand public mais véritable artiste de cirque. Je ne connaissais pas ce dernier (petit-fils de Charlie Chaplin par ailleurs) et je dois avouer que sa performance m'a impressionné. Entre sa maîtrise des numéros de cirque et sa relation à la fois bienveillante et dominante envers Chocolat, James Thierrée/Footit est, selon moi, la belle surprise du film et aussi un formidable contrepoids face à Chocolat. Avec ce personnage, Omar Sy prouve une nouvelle fois tout son talent et sa capacité à explorer d'autres registres que celui de la pure comédie.

Toutefois, comme mentionné plus haut, le rythme faiblit à mi-parcours et fait parfois tourner le film en rond entre redites et intrigue bloquée. L'histoire aurait mérité d'être plus resserrée dans sa deuxième moitié. Cela ne plombe pas le film mais l'empêche d'être considéré comme une grande réussite.

Au final, malgré ses légers défauts, Chocolat est un film majeur tant pour son acteur principal que pour les sujets qu'il aborde. Le film n'est absolument pas une comédie et l'assume parfaitement en faisant de Chocolat un véritable personnage tragique. Certains seront déstabilisés. Pour ma part, c'est un parti-pris osé qui donne toute sa force au film.



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